Feuillage d un chêne vu du dessous, lumière filtrant à travers les branches

Groupement forestier : quelle part de son patrimoine y consacrer ?

Quelle part de son patrimoine consacrer à un groupement forestier ? C’est la question qui revient le plus souvent une fois la décision de principe prise : après celle du rendement, avant celle du choix d’un fonds précis. Elle n’a pas de réponse toute faite. Rappelons d’emblée le cadre : il s’agit d’un placement à risque de perte en capital, à liquidité très faible et à horizon d’au moins huit à dix ans, exposé aux aléas naturels (tempête, incendie, sécheresse, ravageurs). C’est précisément parce que ces caractéristiques sont contraignantes que le montant mérite d’être réfléchi avant d’être décidé.

Ce contenu est rédigé par Invest’Aide, conseiller en investissements financiers (CIF) enregistré à l’ORIAS sous le numéro 21001101. Il expose une méthode de raisonnement générale ; il est informatif et ne constitue pas une recommandation personnalisée, qui suppose de connaître votre situation complète.

Deux caractéristiques du placement qui commandent la question

Avant de parler de montant, il faut avoir à l’esprit ce qui rend cette question différente de celle qu’on se pose pour un placement liquide. D’une part, un groupement forestier ne s’échange pas comme une action ou une part de SCPI : il n’existe pas de marché organisé, aucun rachat n’est garanti, et revendre ses parts peut prendre plusieurs mois, à un prix qui n’est jamais connu d’avance. D’autre part, la performance — revenus tirés des coupes de bois, valorisation des parts — n’est ni garantie ni régulière : elle dépend du marché du bois ainsi que des aléas climatiques et sanitaires de la forêt. Notre page sur les inconvénients et risques du groupement forestier les détaille un par un ; celle sur le rendement attendu explique pourquoi aucun chiffre ne peut être promis. Ce sont ces deux caractéristiques — illiquidité et absence de garantie — qui doivent gouverner le montant que vous y consacrez, bien plus que l’attrait du placement.

Premier repère : seulement l’argent dont vous n’aurez pas besoin avant huit à dix ans

En pratique, seules les sommes dont vous n’anticipez pas avoir besoin à moyen terme ont vocation à être placées sur un groupement forestier. Deux raisons à cela. La première est structurelle : la revente n’est ni rapide ni garantie, quel que soit le motif de sortie. La seconde est fiscale : plusieurs avantages associés à ce placement (crédit d’impôt au titre du DEFI forêt, exonération partielle de droits de succession ou de donation) sont subordonnés à des engagements de conservation ou de gestion dans la durée, propres à chaque dispositif ; une sortie anticipée peut remettre en cause l’avantage obtenu. Notre page sur la fiscalité du groupement forestier détaille ces conditions dispositif par dispositif.

Concrètement, avant de fixer un montant, il est utile de vérifier que votre épargne de précaution reste intacte à côté de ce projet, et que vous ne comptez pas sur cette somme pour un besoin identifié dans les dix prochaines années (achat immobilier, retraite proche, transmission déjà planifiée à court terme). Si c’est le cas, le montant à considérer n’est pas le même : il peut même être nul pour l’instant.

Second repère : la concentration ne se limite pas au montant investi

La question posée est presque toujours « combien », rarement « réparti comment ». C’est pourtant la seconde qui protège le plus. Une tempête, une sécheresse prolongée ou une attaque de scolytes touche rarement un massif isolé : ces aléas frappent le plus souvent une région entière, avec des conséquences qui peuvent s’étendre sur plusieurs campagnes de commercialisation du bois. Concentrer une somme importante sur un seul groupement, c’est aussi concentrer son exposition à une seule zone géographique et à un seul type d’aléa.

La réglementation impose déjà une diversification minimale à l’intérieur d’un groupement forestier d’investissement (GFI) faisant offre au public : son patrimoine doit être réparti en au moins deux unités de gestion distinctes, séparées d’au moins vingt kilomètres l’une de l’autre, sans qu’aucune unité ne représente plus de 60 % de la surface totale (article R. 214-176-7 du code monétaire et financier). C’est une diversification du fonds, vérifiable dans son rapport de gestion : notre page sur les critères pour choisir un groupement forestier explique comment la contrôler. Ce n’est pas la même chose que la diversification de votre patrimoine : un GFI parfaitement diversifié en interne reste, à votre échelle, une seule ligne d’investissement, exposée aux mêmes cycles du marché du bois et de la fiscalité forestière que n’importe quel autre groupement.

Répartir une même enveloppe entre plusieurs groupements — de gestionnaires différents, sur des massifs différents, voire souscrits à des moments différents — réduit cette exposition commune, sans transformer pour autant un placement peu liquide en placement liquide.

Les questions à se poser avant de fixer un montant

Il n’existe pas de calcul automatique. Ce tableau réunit les facteurs qui, dans notre pratique de conseil, reviennent systématiquement dans cette réflexion.

FacteurQuestion à vous poser
HorizonPouvez-vous immobiliser cette somme au moins huit à dix ans sans contrainte ?
Épargne de précautionDisposez-vous, par ailleurs, d’une épargne disponible pour un imprévu ?
Illiquidité déjà présenteQuelle part de votre patrimoine est déjà immobilisée (immobilier locatif, résidence principale, private equity, autre forêt) ?
RépartitionSouhaitez-vous répartir la somme entre plusieurs groupements plutôt que sur un seul ?
ObjectifDiversification patrimoniale, projet de transmission, sensibilité à la gestion forestière : quel est le moteur réel de ce projet ?

Pourquoi nous ne donnons pas de pourcentage

Vous chercherez peut-être un repère chiffré : « X % de son patrimoine ». Nous ne le donnerons pas, et ce n’est pas une esquive. Un pourcentage avancé sans connaître votre patrimoine global, votre horizon, vos autres actifs illiquides et vos objectifs de transmission serait une généralité déguisée en conseil : il conviendrait à certains profils et desservirait les autres. Dans les dossiers que nous accompagnons chez Invest’Aide, la part réellement consacrée à ce type de placement varie fortement d’une situation à l’autre, précisément parce que les cinq facteurs du tableau ci-dessus varient eux-mêmes fortement. C’est la conversation avec un conseiller, qui prend en compte l’ensemble de votre situation, qui permet d’aboutir à un montant ; un article ne le peut pas.

Un exemple, pour illustrer le raisonnement

Exemple pédagogique fictif, inspiré de situations réelles. Imaginons Nathalie, 58 ans, déjà propriétaire de sa résidence principale et d’un bien locatif. Son épargne de précaution est constituée, et elle n’anticipe aucun besoin de trésorerie avant sa retraite, dans une dizaine d’années : le premier repère ne la freine pas. En revanche, le bien locatif représente déjà une part importante de son patrimoine en actifs peu liquides : c’est le facteur qui pèse le plus dans sa réflexion. Plutôt que de consacrer une somme importante à un seul groupement, elle choisit de démarrer avec un montant qu’elle peut immobiliser sans inconfort, réparti entre deux groupements aux gestionnaires et aux massifs différents, quitte à réévaluer dans quelques années selon l’évolution de sa situation. Rien dans ce choix n’est une règle : une personne sans autre actif illiquide, ou avec un horizon plus long, pourrait raisonnablement arbitrer autrement.

En pratique

Avant de fixer un montant, deux étapes sont utiles. D’abord, faire le point sur votre patrimoine existant et son degré de liquidité déjà engagé : c’est souvent le facteur le plus sous-estimé, comme dans l’exemple ci-dessus. Ensuite, si le principe d’investir en groupement forestier est retenu, comparer plusieurs fonds plutôt que de s’arrêter au premier proposé : notre page sur les critères à vérifier détaille la méthode, et la liste des fonds actuellement ouverts à la souscription permet de comparer des situations réelles. Notre page sur le fonctionnement d’un groupement forestier d’investissement revient sur les bases si vous découvrez le sujet.

Cette réflexion sur le montant et sa répartition gagne à être menée avec un conseiller qui a une vue d’ensemble de votre patrimoine, plutôt qu’isolément à partir d’un seul projet d’investissement.

Source

  • Code monétaire et financier, article R. 214-176-7 (diversification par unités de gestion des groupements forestiers d’investissement faisant offre au public).

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Investir dans un groupement forestier comporte un risque de perte en capital, une liquidité très faible (aucun marché organisé des parts, aucun rachat garanti, horizon de placement d’au moins huit à dix ans) et un aléa naturel (tempête, incendie, sécheresse, ravageurs). Les revenus ne sont pas garantis. Les avantages fiscaux dépendent de votre situation et de conditions susceptibles d’évoluer. L’exemple de cet article est fictif et à visée pédagogique ; il illustre une méthode de raisonnement et ne constitue pas une préconisation de montant ou de répartition. Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Invest’Aide — conseiller en investissements financiers, ORIAS n° 21001101. Voir les mentions légales.

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